(avec) Aliette de Panafieu


(à) l’écran
Vidéaste
Co-réalisatrice

Le deuil du dû 

(état de veille, épisode 1)




Personne ne me doit rien.
La seule chose à exiger, légitimement, c’est le respect : la prise en considération de mes besoins, de ma bulle, de mon intimité, de ma parole.
Mais cette exigence de respect n’est nullement assortie de l’obligation de satisfaire mes désirs c’est à dire de la mission de me rendre heureux.
Le « dû » est illustré par les phrases qui commencent par « si tu m’aimais … ».
Si tu m’aimais, …
Tu me parlerais
Tu déménagerais en province
Tu m’offrirais le restaurant / un voyage au Portugal
Tu ne resterais pas au bureau après 19h
Tu aurais déjà vidé le lave-vaisselle
Tu m’aurais accompagné au marché / au théâtre / chez mes parents
Tu renoncerais à ton club de foot / tes cours de danse / à tes soirées entre amis
Sous-entendu, « si tu m’aimais » fonctionne comme un chantage et dispense de faire une demande.

L’illusion du « dû » est un poison.
Exemple :
« - Baptiste aurait quand même pu porter mon sac !
- Mais lui as-tu demandé ?
- Non, c’était à lui d’y penser / non, c’est quand même mon amoureux / mais j’ai pourtant fait une remarque sur le poids de mon sac / ma douleur dans la jambe … »

En quelques mots, tout est dit : attentes muettes, procès d’intention, déception, posture de victime, collection de griefs, reproches, silence réprobateur/accusateur, attribution à l’autre de fonctions diverses de façon symbiotique …

Le « deuil du dû» est une liberté.
Il permet de renoncer à cette illusion d’impuissance ou de toute puissance.
Il impose de prendre ses responsabilités.
Il exige de surmonter les aléas de la vie sans chercher un coupable.
Il propose de cesser radicalement les reproches qui font leur lit dans les attentes et dispensent de faire des demandes.



Le deuil du dû
(état de veille, débat de l'épisode 1)