(avec) Aliette de Panafieu




EXPLIQUER
Dans quel but ?



Cette démarche, initialement légitime et salutaire, peut vite cacher des risques de contrôle.

Vouloir convaincre : parler, parler, encore parler, dire et redire afin que l’autre adhère à mon point de vue, sans prendre en compte sa propre liberté de penser, de sentir ou de croire autrement que moi.
Exiger d’être compris·e au risque d’insister, en vain, et de nourrir ma dépendance à mon interlocuteur : j’ai besoin qu’il ou elle m’approuve.              Vouloir avoir raison prime alors sur la vitalité de la relation.
Disqualifier le cadre de référence de l’autre : ni curiosité, ni accueil.
Faire insulte à son intelligence : est-il nécessaire d’ « expliquer » à un enfant les raisons d’une sanction mille fois évoquée ou à un adulte la violence des coups ?
Chaque fois que je dis « je vais t’expliquer », je peux m’interroger. Est-ce vouloir faire taire mon interlocuteur, mon interlocutrice ?
Garder la main sur la relation ?
Rester dans la tête et éviter d’être dans le coeur et d’entendre son émotion ?
Nous faire croire qu’il n’y aurait qu’une seule logique, la mienne ?
Qu’une seule explication, la mienne ?
Continuer à nous faire croire qu’il s’agit de comprendre au lieu d’accueillir ce qu’il se passe ?
Maintenir une relation asymétrique : « Je sais, pas toi », « Je comprends, pas toi », « J’explique. Tu m’écoutes ».
Occasion manquée de rencontrer l’autre et de faire confiance a mon intuition !
Je peux expliquer à un enfant comment se servir du tube de dentifrice, de la clef USB, du dictionnaire, de la machine à pain. Et ainsi l’accompagner dans sa conquête du monde.
Mais si je prétends lui expliquer pourquoi je l’ai puni injustement, privé de foot, que je lui ai manqué de respect ou adressé un mot humiliant, je tente de me justifier, de créer une relation de causalité entre ce qu’il a fait et la façon dont j’ai réagi. J’induis ainsi chez lui un sentiment de culpabilité et je lui fais porter le poids de ce que je ne peux ni ne veux assumer.

Le « besoin » d’expliquer est souvent synonyme de la « volonté » de contrôler.
Volonté souvent inconsciente de le manipuler … « pour son bien ! ».