(avec) Aliette de Panafieu




IMPUNITÉ
Ou l’ardoise diabolique


Oui, cette ardoise qui fait tout disparaitre.

Pratiquer l’impunité, la favoriser, l’exiger, la cautionner, est une manière de dispenser les bénéficiaires de prendre la responsabilité de leurs choix et des conséquences de leurs actes.

De leur éviter d’en rendre compte. De rendre des comptes.

Là où la justice devrait l’emporter sur la justesse.

Là surtout où l’injustice devrait nous être insupportable : alors pourquoi la supportons-nous ?

Pour qui ?

Qui protégeons-nous ? Avec quels gains ?

À qui accordons-nous la licence d’être « intouchables» ?

Qui sont ces humains qui, à défaut d’être au-dessus de tout soupçon, seraient au-dessus des lois et des autres ?
Ces voisins, cousins, relations, collègues qui le savent, se sentent protégés par notre lâcheté et récidivent en toute tranquillité.

Comment admettre, par exemple, une bien plus grande tolérance devant les tribunaux à l’égard des hommes de pouvoir qu’aux autres délinquants? Quels systèmes de valeurs, quelles priorités, quelles références éthiques sommes-nous prêt·e·s à défendre dans notre démocratie ?

De quels délits ou de quels crimes admettons-nous qu’ils soient banalisés, impunis, archivés « sans suite » ou associés à l’étiquette « non-lieu » ?

Il arrive qu’un scandale nous indigne le temps du dîner puis la vague du quotidien efface la blessure éphémère sur le sable de notre conscience citoyenne… Zéro action et tout recommence !

Aux ogres, nous accordons ainsi des autorisations de dévorer à perpette, en toute impunité.